Dans les profondeurs des forêts africaines, un animal discret défie la science et l’observation depuis des décennies. Le chat doré d’Afrique, souvent qualifié de félin le plus mystérieux du continent, semble aujourd’hui bénéficier d’un nouvel allié inattendu : l’intelligence artificielle. Une révolution qui pourrait bien tout changer pour la survie de cette espèce en danger.
Un félin rare et insaisissable
Le chat doré d’Afrique, aussi appelé « Embaka » dans certaines langues locales, est l’un des félins les plus énigmatiques du monde. Avec son pelage brun doré et sa taille presque deux fois supérieure à celle d’un chat domestique, il vit caché dans les forêts tropicales d’Afrique centrale et occidentale.
Malgré son apparence majestueuse, il reste quasi invisible. Très peu d’observations directes ont été enregistrées, et même la Liste rouge de l’UICN est muette sur son effectif estimé. Ce silence témoigne de la difficulté de l’étudier. Cela pourrait laisser penser qu’on le connaît à peine… ce qui est justement le cas.
Un biologiste déterminé : Mwezi Mugerwa
La donne commence à changer grâce à un homme : Mwezi Mugerwa. Ce biologiste ougandais consacre sa vie à ce félin fantastique. Tout commence lorsqu’il capture pour la première fois une image du chat doré à l’aide d’un piège photographique placé dans le parc national de la Forêt impénétrable de Bwindi, en Ouganda.
Au départ, ni Mugerwa ni ses collègues ne reconnaissent l’animal. Ce sont les populations locales qui leur apprennent qu’il s’agit du fameux Embaka. C’est cette révélation qui incite le biologiste à créer en 2019 l’African Golden Cat Conservation Alliance (AGCCA), un réseau de 46 écologistes répartis dans 19 pays africains.
L’IA transforme la recherche sur le terrain
Observer un animal aussi discret nécessite des heures de visionnage de milliers de photos. Une tâche longue, fastidieuse… et peu efficace. C’est là que l’intelligence artificielle entre en scène. Grâce à un partenariat avec l’ONG américaine Panthera, Mugerwa et son équipe bénéficient aujourd’hui d’un outil conçu pour accélérer l’identification des individus.
L’algorithme développé peut scanner des milliers d’images issues de pièges automatiques et reconnaître chaque chat à l’aide des motifs uniques de leur pelage. En un temps record, les chercheurs peuvent enfin établir une idée précise des effectifs et de leur répartition.
Les premiers chiffres révélés par l’intelligence artificielle
Les résultats sont sans appel : la rareté de ce chat s’étend même aux zones protégées. Par exemple :
- En Ouganda et au Gabon, on recense environ 16 individus pour 100 km².
- Dans les régions où la chasse est mieux régulée, la densité est jusqu’à 50 % plus élevée.
Cette technologie a aussi mis en lumière le comportement du félin. Il devient davantage nocturne, probablement pour éviter tout contact avec l’homme. Le chat doré n’est pas directement chassé, mais il est souvent victime de pièges destinés à d’autres animaux comme le sanglier ou l’antilope.
Un espoir grâce aux communautés locales
Pour répondre à cette menace, Mugerwa ne s’est pas arrêté là. Il a lancé « Embaka », le premier programme communautaire de conservation axé sur ce félin rare. Ce projet, impliquant plus de 8 000 familles réparties dans l’aire de répartition du chat doré, lutte contre le braconnage et sensibilise les populations à sa protection.
Grâce à cet effort collectif, les chercheurs peuvent aujourd’hui non seulement détecter les félins, mais aussi protéger les zones où ils vivent encore. Et l’IA joue là un rôle clé. Sans elle, impossible de surveiller autant de données, d’images et de comportements à grande échelle.
L’avenir du chat doré : entre espoir et prudence
Personne ne prétend que le combat est gagné. Mais une chose est sûre : avec une technologie qui accélère la recherche et des communautés plus conscientes de son importance, le chat doré d’Afrique n’est plus totalement invisible.
Il incarne aujourd’hui un symbole. Celui de la rencontre entre la science de pointe et la tradition, entre la technologie moderne et une nature ancienne et fragile. Un pas de plus vers une cohabitation harmonieuse avec la faune sauvage, même la plus insaisissable.





