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Découverte choc en Tunisie : un site romain de 33 ha révèle un secret oublié de Rome

Julien R.

Ecrit le :

Une découverte archéologique en Tunisie vient jeter une lumière nouvelle sur la puissance logistique de l’Empire romain. Au cœur de Kasserine, des chercheurs ont révélé un site agricole immense, autrefois dédié à la production d’huile d’olive. Ce lieu, oublié pendant des siècles, offre un témoignage saisissant de l’ingéniosité romaine et du rôle stratégique de l’Afrique antique. Prêt à plonger dans ce trésor enfoui ?

Un complexe oléicole parmi les plus vastes de l’Empire

Le site de Henchir el Begar s’impose aujourd’hui comme le deuxième plus grand complexe de production d’huile d’olive de l’Empire romain. S’étendant sur 33 hectares, il est niché dans un cadre semi-aride au pied du Jebel Semmama, en Tunisie centrale.

Les fouilles ont mis au jour deux secteurs principaux :

  • Hr Begar 1, avec 12 presses monumentales (torcularia) à levier
  • Hr Begar 2, avec 8 autres presses du même type

Ces presses, actionnées par des systèmes de contrepoids et de grandes poutres en bois, pouvaient produire des centaines de litres d’huile par jour. Une cadence industrielle, pensée pour alimenter des villes comme Rome, où l’huile d’olive servait à la cuisine, aux soins corporels et à l’éclairage.

Une gestion experte de l’eau dans un paysage aride

Malgré une pluviométrie faible, les Romains ont su exploiter la géographie à leur avantage. Le site dispose :

  • d’un système de bassins de collecte et de citernes interconnectées
  • d’un réseau de canalisations encore partiellement visible
  • d’un écoulement naturel des eaux vers les zones de production grâce à la pente du terrain
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Ce savoir-faire hydraulique montre une volonté impériale forte : tirer le maximum des terres frontières en optimisant chaque ressource disponible.

Le Saltus Beguensis : une propriété d’élite au service de l’Empire

Henchir el Begar correspond au célèbre domaine antique appelé Saltus Beguensis. Un décret sénatorial de 138 apr. J.-C., conservé dans le Corpus Inscriptionum Latinarum, y autorisait la tenue d’un marché bimestriel — preuve de son importance économique.

Ce domaine était la propriété de Lucillius Africanus, un membre de la haute aristocratie sénatoriale (vir clarissimus).

Le Saltus regroupait :

  • des infrastructures agricoles et hydrauliques
  • des zones résidentielles pour les élites et les travailleurs
  • des routes intégrées au réseau impérial, facilitant l’exportation vers le port de Carthage

Cette intégration illustre combien les terres périphériques n’étaient pas isolées, mais au contraire au cœur de la logistique impériale.

Une société rurale plurielle et organisée

Les fouilles ont également révélé un vicus rural : un village où cohabitaient des colons vétérans romains et des populations locales comme les Musulamii, un peuple nomade d’origine numide.

Des outils retrouvés suggèrent une agriculture mixte :

  • oléiculture pour l’huile d’olive
  • culture et transformation de céréales
  • production artisanale locale grâce à des ateliers

Des prospections récentes par géoradar ont mis au jour des traces d’habitations, de routes et d’entrepôts. Loin de l’image d’un village isolé, ce vicus était un centre de vie structuré et fonctionnel.

Une mission internationale pour préserver et comprendre

Ce projet archéologique mobilise depuis 2023 une équipe internationale, conduite par :

  • l’Université Ca’ Foscari de Venise
  • l’Université de La Manouba (Tunisie)
  • l’Université Complutense de Madrid
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Initiée par Samira Sehili (Tunisie) et Fabiola Salcedo Garcés (Espagne), la mission a été rejointe en 2025 par le professeur Luigi Sperti, avec l’appui du ministère italien des Affaires étrangères.

Leur objectif est double : mieux comprendre l’économie antique et valoriser le patrimoine tunisien dans une logique de développement durable.

Des objets uniques témoins d’un passé vivant

Parmi les découvertes marquantes :

  • un bracelet en cuivre et laiton
  • un projectile en calcaire blanc
  • des éléments d’architecture byzantine réemployés

Ces objets prouvent que le site a été occupé sur plusieurs siècles, et que les matériaux anciens étaient intelligemment réutilisés à travers le temps.

Un futur ancré dans le passé

Pour Luigi Sperti, ce chantier est bien plus qu’une fouille : c’est une fenêtre sur l’histoire et une chance de penser aux usages futurs du patrimoine. Il pourrait même devenir un modèle pour d’autres régions rurales du Maghreb.

En redonnant vie à Henchir el Begar, la science rejoint la mémoire, et l’histoire de Rome s’écrit à nouveau… depuis les terres brûlées de Tunisie.

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